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Ces virus et ces maladies exotiques qui nous menacent

Dernière mise à jour: décembre 2019 | 14610 visites

dossier Une des conséquences à long terme du bouleversement de notre climat est le risque d’émergence de nouvelles maladies considérées comme « exotiques », car jusqu’à présent très éloignées de nos territoires.

Ces dernières années, de plus en plus de cas « autochtones » de ce type de maladies exotiques ont été détectés en Europe. Ce terme signifie que la maladie a été contractée sur le territoire où elle s’est déclarée, contrairement aux cas « importés », où la maladie a été rapportée de voyage. La distinction est d’importance car une infection autochtone signifie que le virus circule sur le territoire. Les cas importés ne sont cependant pas pour autant sans risque, car une personne infectée peut, si le vecteur est présent, transmettre à son tour la maladie à d’autres personnes.

Dengue, West Nile, encéphalites à tiques… Quelles sont les maladies émergentes les plus surveillées, et comment sont-elles transmises ?

Des maladies qui passent souvent inaperçues

La plupart de ces maladies émergentes sont dues à des virus, et plus précisément à des arbovirus, c’est-à-dire des virus transmis par des arthropodes (de l’anglais arthropod-borne virus). Qu’il s’agisse d’insectes (tels que les moustiques ou les phlébotomes, qui leur ressemblent) ou d’acariens (comme les tiques), ces « vecteurs » se nourrissent généralement de sang, et infectent leurs proies durant leurs repas.

Autre particularité : ce sont des animaux qui sont initialement infectés par les virus. L’être humain est infecté à son tour lorsqu’un arthropode qui s’est contaminé en se nourrissant sur un animal domestique ou sauvage s’attaque ensuite à lui.

Ces maladies virales ne rendent pas systématiquement malades. Ainsi, si le moustique tigre (Aedes albopictus) transmet de nombreuses maladies virales humaines, elles sont dans la majorité des cas asymptomatiques et passent inaperçues. Cependant, une proportion non négligeable de personnes (entre 20 et 30%) développe des symptômes qui peuvent s’apparenter à une grippe (fièvre plus ou moins élevée, maux de tête, douleurs articulaires et musculaires) avec, dans certains cas, une éruption cutanée associée. Le plus souvent bénins, ils peuvent, dans une faible proportion de cas, entraîner des complications parfois sévères.

La principale menace : le moustique tigre

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Originaire d’Asie du Sud-Est et de l’Océan Indien, le moustique tigre a progressivement colonisé nos contrées. Parmi les principaux virus émergents transmis par le moustique tigre figure le virus de la dengue, maladie d’origine africaine dont les premiers cas ont été répertoriés au 18ème siècle sur le continent américain. Bien connue dans de nombreuses régions du globe telles que l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine, cette maladie s’est depuis peu ponctuellement installée en France, notamment dans le sud, où une vingtaine de cas autochtones ont été répertoriés récemment (dont 4 en 2018).

La problématique principale associée à la dengue est le risque de développer ce qu’on appelle une dengue sévère ou dengue hémorragique. Potentiellement mortelle, elle se manifeste notamment par une détresse respiratoire associée à des hémorragies multiples. Heureusement, cette forme ne touche qu’un petit pourcentage des personnes infectées (autour de 1%).

Un autre virus transmis par le moustique tigre est le virus Chikungunya, isolé au début des années 50 sur le plateau du Makonde en Tanzanie. La particularité de ce virus est sa propension à provoquer des douleurs articulaires persistantes, pouvant se prolonger plusieurs années après l’infection initiale. Quelques cas occasionnels de complications oculaires, neurologiques et cardiaques ont également été répertoriés. Jusqu’ici, une trentaine d’infections autochtones ont été répertoriées en France métropolitaine, avec le risque d’apparition d’épidémie localisée comme ce fut notamment le cas dans la région de Montpellier en 2014 et dans le Var en 2017.

Le virus Zika est un autre virus émergent apparu récemment. Il a défrayé la chronique voici 3 ans, provoquant une épidémie massive en Amérique latine, principalement au Brésil. La particularité de ce virus, originaire de la forêt Zika en Ouganda, est sa capacité à provoquer des atteintes neurologiques graves chez le nouveau-né. Celles-ci se caractérisent notamment par la forte réduction du périmètre crânien (microcéphalie). Cette malformation entraîne une croissance insuffisante du cerveau, qui à son tour génère des troubles plus ou moins sévères selon la gravité de l’atteinte : épilepsie, infirmité motrice cérébrale, troubles de l’apprentissage, perte d’audition, problèmes visuels… Une étude récente publiée dans la prestigieuse revue américaine Nature Medicine montre que trois ans après l’infection, des enfants exposés au virus Zika au cours de la grossesse ont de nouvelles atteintes neurologiques qui apparaissent.

Autre particularité du virus Zika : sa capacité à se transmettre par voie sexuelle (ce qui est exceptionnel pour les arbovirus). Le moustique tigre est un assez mauvais vecteur pour ce virus, qui se transmet principalement par un autre moustique, Aedes aegypti, très présent en Amérique Latine notamment, mais qui n’est pas encore implanté sur notre territoire. Il a néanmoins été identifié sur l’île de Madère et son implantation potentielle en Europe est surveillée de près.

Le culex n’est pas en reste

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Le moustique tigre n’est pas la seule menace. Le moustique « local » (Culex pipiens) peut également être porteur de virus potentiellement dangereux pour l’être humain.

C’est principalement le cas du virus West Nile (virus du Nil occidental). Isolé pour la première fois dans le district du Nil occidental, au nord de l’Ouganda, il est capable de provoquer des atteintes neurologiques sévères chez l’être humain, telles que des encéphalites ou des méningites. Comme son cousin le virus Usutu, également en expansion sur notre territoire, le virus West Nile a comme réservoir naturel certaines espèces d’oiseaux, qui ne sont pas encore toutes clairement identifiées.

En 2018, il s’est largement répandu en Europe occidentale, provoquant la plus grande épidémie jamais répertoriée sur le continent : 2083 cas humains autochtones confirmés ont été déclarés (entraînant 181 décès dans une douzaine de pays) dont la France (avec 27 cas répertoriés). Cette épidémie a totalisé plus d’individus touchés que le cumul des 10 années précédentes dans toute l’Europe selon l’ECDC (European Centre for Disease Prevention and Control). Cette année, la présence du virus West Nile a déjà été mise en évidence chez 127 patients en Europe, dont un cas identifié en France, à Fréjus

Les tiques ont des virus tout aussi exotiques

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Au-delà des moustiques, d’autres arthropodes peuvent transmettre des virus exotiques. C’est le cas notamment des tiques. Ces acariens sont plus connus du grand public pour leur capacité à transmettre des maladies bactériennes telle que la maladie de Lyme. Elles sont cependant capables de propager des maladies virales comme le TBEV, aussi appelé encéphalite à tique. Présente principalement dans le nord de l’Europe, cette affection semble en extension continue.

Plus problématique encore est la possibilité de voir s’installer le virus de la fièvre hémorragique Crimée Congo. Décrite pour première fois en Crimée en 1944 puis au Congo, cette maladie provoque des hémorragies massives associées à environ 30% de mortalité. Ce virus a été identifié pour la première fois en Europe en 2018, avec un cas identifié en Espagne en 2018. La surveillance de sa propagation en Europe constituera sans doute une problématique d’importance dans les années à venir.

Mieux vaut prévenir que guérir

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Pour la plupart de ces virus émergents aucun traitement curatif ni aucun vaccin ne sont actuellement disponibles pour l’être humain. Aujourd’hui, la façon la plus efficace de lutter contre eux est probablement de s’attaquer aux vecteurs qui les propagent. Plus facile à dire qu’à faire, car de nombreux facteurs sont à prendre en compte.

C’est notamment le cas des modifications des conditions environnementales engendrées par l’activité humaine (en particulier l’augmentation des températures et les variations de précipitations). En affectant la répartition géographique, l’activité, le taux de reproduction et la survie des arthropodes (notamment des moustiques), elles modifient la transmission des maladies.

Les facteurs socio-économiques ne sont pas en reste : par exemple, l’augmentation de la mobilité, notamment via le transport aérien intercontinental, favorise la dissémination des agents infectieux. L’urbanisation galopante semble être également un des facteurs accélérateurs de l’émergence de ces nouveaux pathogènes. En effet, elle favorise notamment la multiplication des stockages d’eau incontrôlés, lesquels constituent autant de gîtes larvaires pour les moustiques potentiellement vecteurs de virus.

Pour réduire le développement des larves de moustique, il est recommandé de vider tous les récipients d’eau stagnante (notamment après arrosage). Enfin, les populations exposées sont encouragées à utiliser des répulsifs adaptés et à porter des vêtements amples et couvrants afin de limiter le risque de piqûre.

Améliorer la surveillance

Face à l’émergence de ces maladies exotiques, la plupart des pays concernés ont mis en place des réseaux actifs de surveillance. Ils regroupent des experts aux différentes compétences : vétérinaires, cliniciens, entomologistes, chercheurs…

Afin de limiter la diffusion des populations de moustiques potentiellement infectées, une démoustication a lieu chaque année dans certaines régions européennes. Problème : les épandages d’insecticides peuvent parfois générer des résistances chez les moustiques. En outre, leur utilisation massive en zones urbaines n’est pas recommandée, en raison de leur toxicité.

Fort heureusement, la menace des arbovirus demeure pour l’heure sporadique : le renforcement des réseaux de surveillance reste actuellement la meilleure stratégie pour lutter contre ces nouvelles menaces difficiles à anticiper.The Conversation

Yannick Simonin, virologue, maître de conférences en surveillance et étude des maladies émergentes, université de Montpellier.

► Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.


publié le : 05/12/2019 , mis à jour le 04/12/2019
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