Acouphènes : quand le silence s'entend...

Dernière mise à jour: février 2016 | 14980 visites
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Acouphènes : quand le silence s'entend...

dossier Comment dompter les acouphènes, qui perturbent considérablement l'existence ? Focus sur les différents moyens de soulager ces bruits parasites.

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Bourdonnements ou sifflements d’oreille : ils pourrissent la vie de ceux qui en souffrent et, jusqu’à ce jour, aucun traitement efficace n’a été recensé. Selon les statistiques, 10% de la population des pays industrialisés souffrirait d’une perception auditive d’un son qui n’a pas d’origine physique identifiée. Le sujet perçoit quelque chose comme un son localisé, sans qu’aucune vibration sonore externe ne vienne frapper son tympan.

Les uns disparaissent, les autres persistent

Les acouphènes peuvent survenir dans une oreille, parfois dans les deux, et même dans la boîte crânienne. De quoi rendre dingue, littéralement. Contrairement à une idée reçue, ces bruits parasites ne sont pas causés uniquement par l’utilisation abusive d’écouteurs fonctionnant au-delà de 80 décibels. Pas uniquement car, bien évidemment, les adolescents ne se rendent souvent pas compte du danger lorsqu’ils écoutent leur musique à plein volume.

Sur Internet, les témoignages faisant état de l’apparition d’un acouphène à la sortie d’une boîte de nuit ou en revenant d’un concert sont légion. Si certains disparaissent naturellement après une bonne nuit de sommeil - c’est le cas pour un tiers des acouphènes -, les autres persisteront à vie. L’âge avancé peut également être à l’origine d’un acouphène, tout comme un accident ou une opération qui a mal tourné.

Entendre la mire en permanence

Suite à une infection bactérienne de l’oreille interne ayant déclenché une labyrinthite, Isabelle, 39 ans, doit se faire opérer en urgence. « Dès le lendemain de l’opération, j’ai perdu l’usage de l’oreille gauche et j’entendais des bruits dans cette oreille meurtrie ! Cela faisait partie des conséquences.» Un bruit parasite qui ne l’a plus quittée depuis.

Elle, qui souffre d’un acouphène depuis six ans aujourd’hui, décrit cette sensation comme si elle entendait « le bruit de la mire en permanence ! » Graphiste, Isabelle travaille dans un environnement paysager et concède que cela est très difficile pour elle, tant le grésillement augmente avec les bruits de son entourage. « Plus il y a de bruit, plus l’acouphène augmente. Cela devient extrêmement fatiguant quand les enfants pleurent ou se chamaillent. Après une fête, l’acouphène, qui a augmenté de volume, peut rester encore très intense pendant plusieurs heures. »

Le bruit peut être masqué

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Patricia Bruynix, ORL à l’Hôpital Brugmann (Bruxelles), s’est spécialisée dans les acouphènes. Si elle reconnaît que la technologie a tout de même évolué ces dernières années pour rendre certains acouphènes moins stridents et moins aigus, elle concède qu’il n’existe pas de remède miracle pour guérir les acouphènes. Prenant l’exemple d’un moteur de voiture qu’on n’entend plus au bout de quelques minutes lorsqu’on parcourt un long trajet, elle explique que, plus on prête attention aux acouphènes, plus ils deviennent gênants. Elle préconise donc ce qu’on appelle « la théorie d’habituation ».

Appelée TRT (tinnitus retraining therapy) ou théorie acoustique d’habituation, cette thérapie ne signifie pas que le patient doive « se résoudre à...». « Elle permet d’habituer le cerveau à ne pas retenir comme important un bruit qui ne doit pas l’être », explique Patricia Bruynix.

La théorie d’habituation déclenche un phénomène naturel. La présence répétée d’un même stimulus s’accompagne alors automatiquement d’une réduction progressive de la sensation nerveuse. « Il faut expliquer que ce bruit généré par l’oreille peut être masqué par un bon fonctionnement cérébral. Le cerveau possède la capacité de fonctionner différemment, c’est ce qu’on appelle la plasticité cérébrale. »

Eviter le silence...

« Il faut surtout rassurer le patient et, pour cela, passer par l’IRM, ce qui nous permet de prononcer la phrase qui soulage tous les patients : vous n’avez pas de tumeur au cerveau ! Expliquer le mécanisme au patient, c’est le meilleur des traitements. » C’est pour cela que Patricia Bruynix demande à ses patients d’éviter le silence et d’essayer de penser à autre chose, même si elle conçoit que ce n’est pas évident. « Si on prend une population normale et qu’on la met dans une chambre insonore, 85% des personnes vont entendre un bruit et 10% vont éprouver une gêne. » Selon elle, l’intensité d’un acouphène serait trois fois moins forte que le bruit qu’on entend lorsqu’on avale. « Le tout est de ne plus l’entendre », précise-t-elle. « Le cerveau possède des centres inhibiteurs qui suppriment les infos non pertinentes. »

De très bons résultats dans 90% des cas

Afin d’habituer le cerveau à ne plus entendre ces bruits parasites, Patricia Bruynix demande à ses patients « d’écouter, le plus fréquemment possible, des CD d’ambiance. À la maison, en voiture, au boulot… Sans mettre le volume trop fort. Si cela ne fonctionne pas, on fait appel au bruit blanc, qui représente la somme de toutes les fréquences. Celui-ci calme les acouphènes les plus stridents et les plus aigus. Grâce à cette démarche psychologique et aux appareils auditifs qui se portent pendant plusieurs semaines, on arrive aujourd’hui à de très bons résultats dans 90% des cas. »

Chez certains, l’intensité d’un acouphène peut rendre dépressif, ou agressif. L’ORL déconseille cependant l’utilisation de médicaments de type antidépresseurs, car ceux-ci diminuent les capacités du cerveau. S’il n’y a pas encore de médicament miracle pour soulager les acouphènes, Patricia Bruynix souligne que la satisfaction des patients est bien meilleure depuis l’arrivée du numérique : « Les prothèses auditives ne sont plus de simples amplificateurs de son, il s’agit de véritables mini-ordinateurs permettant de comprimer certaines fréquences. »


publié le : 11/05/2011 , mis à jour le 09/02/2016
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