Les ravages du culte de la minceur

Dernière mise à jour: août 2012 | 7413 visites
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news L’anorexie et la boulimie sont des troubles du comportement alimentaire bien identifiés. Mais le culte de la minceur, de l’apparence, cause des ravages plus sournois et souvent ignorés.

Sophie Vust parle de « troubles alimentaires atypiques ». Cette psychologue suisse a consacré sa thèse de doctorat à ce sujet. Attachée au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV – Lausanne), elle explique : « Certains comportements alimentaires ne remplissent pas les critères de l’anorexie ou de la boulimie typiques. Plus discrets, ils peuvent même passer inaperçus, alors qu’ils génèrent une grande souffrance chez les personnes concernées, des jeunes filles le plus souvent ».

Interrogée par la Tribune de Genève, elle poursuit : « Elles sont envahies par des préoccupations concernant la nourriture et le poids. Elles alternent des restrictions dans le but de maigrir, avec des crises où elles engloutissent tout ». Mais les comportements compensatoires (vomissements, sport à outrance…) sont plus rares que dans les troubles « typiques ». De fait, un cercle vicieux s’installe : les privations entraînent des crises, où elles craquent (en cachette) pour des aliments (avalés en grandes quantités et en peu de temps) qu’elles s’interdisent autrement, puis elles sont envahies d’un fort sentiment de culpabilité et de honte, accompagné de plus grandes restrictions encore, et puis… elles cèdent à nouveau. C’est le « tout ou rien ».

Des campagnes contre-productives

Sophie Vust estime que ces « troubles alimentaires atypiques » sont cinq fois plus fréquents que l’anorexie et la boulimie, mais largement ignorés. « Ils trouvent un terrain très favorable dans la société actuelle, avec son culte de l’apparence et de la minceur, notamment. C’est un enjeu majeur de santé publique ». D’autant que ces comportements masquent un mal-être profond, et que les campagnes de lutte contre l’obésité passent, en ce qui concerne ces adolescentes, à côté de l’objectif. « Centrés sur l’alimentation et le poids, ces messages sont contre-productifs et peuvent même aggraver la situation. Ils incitent ces jeunes filles à contrôler encore davantage leur poids, sans égard pour leurs besoins physiologiques. Le regard des autres prend une importance disproportionnée. Le discours préventif doit être centré sur l’estime de soi et promouvoir l’idée que le bien-être est lié à la personne, et non à ses performances ou à son apparence. »


publié le : 18/08/2012
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