Manger ses excréments : un trouble très mystérieux

Dernière mise à jour: septembre 2016 | 40155 visites
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news La coprophagie est banale chez de nombreuses animaux, mais exceptionnelle chez l’être humain : pourquoi ces personnes mangent-elles leurs matières fécales ?

Il est très difficile d’estimer la prévalence de ce trouble dont les causes sont inconnues. Une équipe américaine a examiné le dossier médical de tous les patients admis en psychiatrie entre 1995 et 2015 à la Mayo Clinic (Rochester), soit près de 70.000 au total. A peine dix-sept ont été diagnostiqués comme souffrant de coprophagie et les chercheurs ont pu en retenir douze pour leur étude, dont la moitié de femmes, d'un âge moyen de 55 ans (avec une fourchette entre 20 et 88 ans). La plupart de ces personnes présentaient aussi des troubles de type scatophilie (notamment manipuler des excréments et s’en recouvrir), une hypersexualité, un comportement agressif, et souffraient de pica (ingestion de toutes sortes de substances non comestibles : terre, papier, pastique…). Chez la moitié, la coprophagie était associée à une démence neurodégénérative, et pour les autres à un retard mental, une psychose ou une tumeur au cerveau. Pour ces derniers, la coprophagie pourrait être liée à l’épilepsie et à des altérations du métabolisme cérébral.

Concernant les patients souffrant de démence, l’observation du cerveau par imagerie montre une atrophie modérée à sévère de deux ou trois régions, en particulier le lobe temporal médian, où siège l’hippocampe, qui joue un rôle important dans la gestion des émotions, entre autres. Ce constat ne fournit cependant pas d’explication bien claire sur le développement du trouble. A titre d’information, les chercheurs établissent un parallèle avec le syndrome de Klüver-Bucy, caractérisé par des lésions de l’amygdale, avec une tendance à explorer toutes sortes d’objets avec la bouche, une hypersexualité, une boulimie et une inhibition de la peur.

Des traitements pharmacologiques et comportementaux ont été mis en œuvre, et seul l’halopéridol (un antipsychotique) a semblé présenter une certaine efficacité (toutefois très relative…) contre la coprophagie. A propos de sa fréquence, les spécialistes estiment qu’elle concerne un patient dément sur 10.000, mais ils ajoutent qu’il est probable que bien des cas ne sont pas connus, en raison notamment d’un souci de discrétion de la part de l'entourage.

Source: Journal of Neurology (http://link.springer.com/jo)
publié le : 05/09/2016 , mis à jour le 04/09/2016
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