Schizophrénie : hallucinations, délires et comportements désorganisés
dossier La schizophrénie est une maladie mentale complexe qui affecte la façon de penser, de ressentir et de se comporter. Les symptômes peuvent considérablement varier d'un patient à l'autre. Ils se caractérisent notamment par une perte de contact avec la réalité : des hallucinations (visuelles, auditives, olfactives), des délires, un discours et/ou comportement désorganisé ou encore une gamme d’émotions réduites. Les personnes atteintes de schizophrénie ont besoin d'un traitement à vie. Un traitement précoce permet souvent de contrôler les symptômes avant l'apparition de complications graves
Schizophrénie : une distorsion de la réalité

La schizophrénie est parfois décrite comme un état dans lequel on perd le contact avec la réalité. Toutefois, cela ne signifie pas que l'on perd tout sens de la réalité. On ne vit pas dans un monde complètement différent. On sait ce qu'est une maison, du pain, un vélo, etc. Il s'agit plutôt d'une rupture avec la perception habituelle du monde.
Les patients peuvent avoir des pensées désorganisées et une perception altérée de leur environnement. Ils peuvent entendre des voix ou voir des choses qui n’existent pas. Elles peuvent interpréter des événements anodins comme des messages personnels. Cette distorsion de la réalité impacte leur comportement et leur capacité à interagir avec les autres. La maladie peut entraîner une perte de repères et un sentiment profond d’incompréhension, ce qui renforce souvent l’isolement social des patients.
Lors des phases aiguës de la maladie, le patient n'a pas conscience de sa maladie (on parle d'anosognosie), ce qui complique son acceptation du diagnostic et son respect du traitement.
Voir aussi l'article : Vidéo Podcast - Comment reconnaître la schizophrénie ?
Symptômes de la schizophrénie
Les symptômes peuvent varier en nature et en intensité. Ils peuvent parfois s'atténuer ou s'aggraver. Certains symptômes peuvent être présents en permanence. Toutefois, la plupart du temps, le patient se comporte d'une manière apparemment normale, même si ses réactions peuvent paraître plus vives, plus intenses.
On classe l’ensemble des symptômes de la schizophrénie en 3 catégories :
1. Symptômes productifs (ou positifs)
- Délires : des délires de persécution (se sentir espionné ou menacé), des délires de référence (croire que des messages leur sont adressés personnellement) et des délires de contrôle (penser que les gens peuvent lire dans leurs pensées). Certains délires peuvent être invraisemblables (ex. : croire qu’on leur a retiré des organes sans laisser de cicatrice), tandis que d’autres restent plausibles (ex. : être suivi ou être trompé par son conjoint).
- Hallucinations : le patient peut voir, goûter, sentir ou entendre des choses que personne d'autre ne perçoit. Les hallucinations auditives sont les plus fréquentes (le patient entend des voix).
- Angoisse : elle peut générer soit une agitation, soit au contraire un état de stupeur.
2. Symptômes déficitaires (ou négatifs)
Ces symptômes se traduisent par une diminution de l'expression émotionnelle, un retrait social, une perte de motivation et une incapacité à éprouver du plaisir. Par exemple :
- Le patient communique moins.
- Il répond de manière laconique.
- Il manifeste moins d'émotion.
- Il a peu ou pas de contact visuel avec les autres.
- Il manque d'intérêt pour la sociabilisation. Il perd le contact avec ses proches.
3. Symptômes dissociatifs et cognitifs
Les symptômes dissociatifs impliquent :
- un trouble de la pensée qui paraît désorganisée. Le discours est décousu, incohérent, voire incompréhensible.
- un comportement bizarre : agitation injustifiée, posture rigide, déplacement étrange, comportements non adaptés au contexte social.
- des troubles cognitifs : une difficulté de concentration, de mémorisation, d’organisation, de prévision et de résolution des problèmes ou de tâches simples.
Voir aussi l'article : Schizophrénie : le test du regard
Évolution de la schizophrénie
La maladie se révèle généralement au cours de l’adolescence, entre 15 et 25 ans, mais elle débute le plus souvent plus tôt, sous une forme atténuée.
- Épisode psychotique inaugural : La schizophrénie commence souvent par un premier épisode psychotique, mais il n'est pas toujours immédiatement reconnu comme tel. Cet épisode initial est parfois confondu avec d'autres troubles ou ignoré, ce qui peut retarder la prise en charge.
- Évolution fluctuante : La schizophrénie suit généralement un parcours fluctuants avec des périodes de symptômes chroniques entrecoupées de phases aiguës de psychose. Ces phases de psychose aiguë peuvent inclure des hallucinations, des délires et d'autres symptômes psychotiques.
- Stabilisation et symptômes résiduels : Après les phases aiguës, certaines personnes peuvent connaître une stabilisation, mais elles peuvent encore présenter des symptômes résiduels à un niveau moins intense, comme des difficultés sociales, émotionnelles ou cognitives. La gravité de ces symptômes résiduels varie d'une personne à l'autre.
- Pronostic et prise en charge précoce : Le pronostic de la schizophrénie varie en fonction de nombreux facteurs, y compris de la précocité de la prise en charge. Une intervention rapide avec un traitement approprié peut améliorer le pronostic, et dans certains cas, une rémission partielle ou complète est possible. Cependant, pour d'autres patients, la schizophrénie peut devenir une condition chronique nécessitant un suivi à long terme.
Voir aussi l'article : Psychose : comment la reconnaître et la traiter ?
Causes et facteurs de risque de la schizophrénie

De 10 à 12 ans jusqu’à 30 ans, le cerveau est en pleine maturation : les neurones et différentes régions cérébrales se réorganisent. Cette période est critique pour le bon développement du cerveau. Or, le stress (par exemple, un environnement familial hostile), les infections ou l'exposition à certaines substances (cannabis et autres drogues) peuvent nuire à la plasticité cérébrale et modifier la structure cérébrale au point de favoriser le développement de pathologies, telles que la schizophrénie.
La schizophrénie ne serait d'ailleurs pas causée par un seul facteur mais par plusieurs :
Génétique
La prédisposition génétique est bien documentée, mais elle ne suffit pas pour expliquer la maladie : d'autres facteurs doivent intervenir. Chez des jumeaux qui possèdent le même patrimoine génétique, lorsque l’un est atteint de schizophrénie, le risque que le second développe la maladie n’est que d’environ 40%. Ceci démontre que la génétique crée la vulnérabilité, mais qu'elle ne peut pas expliquer à elle seule le développement du trouble.
Développement foetal
Des anomalies dans le développement cérébral, notamment durant la période prénatale, peuvent prédisposer à la schizophrénie. L'exposition à des infections virales prénatales ou encore des complications obstétricales sont des facteurs de risque possibles.
Stress
Un stress intense pendant l'enfance ou l'adolescence (pauvreté, conflits familiaux, abus sexuels, isolement social...) peut altérer différents mécanismes biologiques au niveau de plusieurs structures cérébrales.
Cannabis et autres psychotropes
La consommation de substances psychotropes et notamment du cannabis est un évident facteur précipitant de schizophrénie. La consommation de cannabis doublerait le risque de schizophrénie. Toutefois, le risque varie d'un individu à l'autre. La dose, la quantité de THC, la durée d’utilisation et l’âge d’exposition influenceraient ces statistiques.
Voir aussi l'article : Protoxyde d'azote : quels sont les dangers du gaz hilarant ?
Traitement de la schizophrénie
Un traitement précoce permet souvent de contrôler les symptômes avant l'apparition de complications graves, améliorant ainsi les perspectives à long terme. Les personnes atteintes de psychose non traitée présentent souvent des symptômes plus graves.
Le traitement est adaptés à la diversité des symptômes, au profil du patient, à ses besoins spécifiques, à son environnement, à ses éventuelles addictions, etc. Une hospitalisation est souvent nécessaire lors d’un premier épisode psychotique. Un séjour à l'hôpital permet également de s'assurer de bien manger, de dormir suffisamment et de se laver régulièrement.
Les médicaments
Le traitement de première intention repose sur un antipsychotique de 2ème génération. Ils ne guérissent pas la maladie mais permettent de contrôler les symptômes psychotiques et d'améliorer des fonctions comme la mémoire, l'attention ou la prise de décision. Ils agissent principalement en modulant les voies dopaminergiques, dont l'activité est perturbée chez les patients schizophrènes. Ils doivent être pris quotidiennement : l'abandon du traitement expose à un risque rapide et quasi inéluctable de rechute. Les antipsychotiques de 2ème génération provoquent beaucoup moins d’effets indésirables que les neuroleptiques, un type spécifique de tranquillisant largement utilisé dans la schizophrénie jusqu’à il y a quelques années. Malheureusement, jusqu’à un quart des patients présentent une résistance aux antipsychotiques.
D’autres psychotropes comme des antidépresseurs ou des anxiolytiques peuvent être associés selon les symptômes du patient.
Interventions psychosociales
Des approches telles que la thérapie cognitivo-comportementale, les programmes de réhabilitation sociale et professionnelle, ainsi que le soutien familial, sont essentielles pour améliorer la qualité de vie des patients et favoriser leur réinsertion sociale.
Quand consulter un médecin ?
La schizophrénie est une pathologie souvent difficile à diagnostiquer. Elle apparaît progressivement et les premiers symptômes peuvent être atténués et peu spécifiques. Souvent, le diagnostic est posé alors que la maladie est déjà présente depuis plusieurs années. Or, une intervention dans les premiers stades de la maladie peut limiter le risque d'évolution vers une psychose ou une psychose sévère ainsi qu'une schizophrénie chronique.
Observez les changements de comportement chez l'adolescent et demandez une évaluation médicale face à certains signes :
- un changement de comportement,
- un retrait de la vie sociale,
- l'arrêt des activités habituelles,
- des idées étranges : un sentiment de persécution, l'impression d'être persécuté, préoccupations mystiques marquées...
- impression de ne plus réfléchir de la même façon et de penser différemment.
Pronostic de la schizophrénie
- Sous traitement, un tiers des patients sont en rémission durable après quelques années.
- Chez les autres, la maladie persiste dans le temps avec des symptômes à peu près contrôlés grâce à un suivi médical, mais avec des rechutes possibles.
- 20 à 30% de sujets répondent très peu aux traitements.
- Près de la moitié des patients interrompent leur traitement au cours de la première année.
Idées reçues sur la schizophrénie
- Double personnalité : les schizophrènes ne vivent pas de dédoublement de la personnalité. Dans la schizophrénie, il n’y a pas de « seconde personnalité ». La personnalité de la personne affectée reste la même, mais certains aspects de son comportement changent. Une double personnalité effective (où la personne qui en souffre alterne entre deux ou plusieurs personnalités) est une condition d’une nature complètement différente et est également extrêmement rare.
- Violence : les schizophrènes ne sont pas des criminels en puissance. Les recherches montrent qu'ils ne sont pas plus violents que le citoyen moyen. Au contraire, ils auraient plutôt tendance à se replier sur eux-mêmes. Pendant la phase psychotique aiguë, ils peuvent faire preuve d'une certaine agressivité, mais cela reste l'exception.
- Dépendance aux médicaments : les antipsychotiques et les neuroleptiques ne conduisent à une dépendance. Ils ne « contrôlent pas non plus l’esprit ». Au contraire, ils offrent souvent au patient la possibilité d'apprendre à reconnaître ses propres problèmes et à prendre lui-même conscience lorsqu'il y a des hallucinations ou des délires menaçants. C'est plutôt la psychose schizophrénique qui prend le contrôle sur le comportement du patient. Toutefois, les neuroleptiques peuvent provoquer des effets indésirables, comme une certaine somnolence ou une diminution de l’expressivité.
Sources :
https://www.inserm.fr
https://www.mayoclinic.org
https://www.msdmanuals.com
https://www.hersenstichting.nl
https://www.gezondheidenwetenschap.be
https://www.psychosenet.be