Infection au HPV : à quel point le papillomavirus est-il dangereux ?
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Il existe plus de 100 types de papillomavirus humain (HPV). La plupart des espèces ne sont absolument pas dangereuses. Mais certains le sont puisqu'elles représentent un facteur de risque majeur de cancer du col de l'utérus et d'autres cancers. Comment est-on infecté ? Quels sont les symptômes ? Que faire si vous avez une infection au HPV ?
Différents types de HPV
Les papillomavirus humains sont divisés en trois groupes :
- Les HPV qui provoquent des infections de la peau et peuvent provoquer des verrues (le HPV1 par exemple provoque des verrues sur la plante du pied).
- Les HPV qui provoquent des infections des muqueuses, en particulier dans la région des organes génitaux (la zone génitale), et peuvent provoquer des verrues génitales (condylomes acuminés) (par exemple les types 6 et 11).
- Les HPV qui peuvent provoquer des infections des muqueuses de la région génitale ou buccale et entraîner divers types de cancers (notamment les types 16, 18, 31, 33, 45).
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Transmission du HPV

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Le HPV est l’une des infections sexuellement transmissibles les plus courantes. Il est généralement transmis dès les premiers contacts sexuels. Si vous avez des rapports sexuels avec une personne infectée, vous avez 50 à 60% de risques d’être infecté à votre tour :
- Toute personne ayant eu un contact sexuel peut être infectée. Il n’est même pas nécessaire d’avoir eu des rapports sexuels : le virus peut également être transmis par contact peau.
- Le contact peau à peau (pubis) suffit pour la transmission, qui peut aussi se produire via les mains ou les jouets sexuels partagés.
- Le risque de transmission du HPV est particulièrement élevé pour le receveur en cas de sexe anal.
- Le préservatif diminue le risque d'infection d’environ 70% mais ne protège pas totalement, parce que le virus ne se trouve pas seulement dans le vagin : il peut également se trouver autour du vagin, sur et autour du pénis. Il peut également être transmis par les mains et la bouche. Le sexe oral est donc également concerné.
- Le HPV peut être transmis au foetus pendant la grossesse et/ou l’accouchement, mais la probabilité que cela se produise est faible.
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Vaccin contre l'infection au HPV
En tant que jeune, vous pouvez vous faire vacciner gratuitement contre le HPV. La vaccination est plus efficace si vous la recevez avant d’entrer en contact avec le HPV. Un schéma de vaccination complet comprend deux injections dans la partie supérieure du bras au cours d’une année scolaire pour la tranche d’âge recommandée (12 ans).
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Infection au HPV : qui est à risque ?
Le virus est très contagieux. On estime que plus de 80% des jeunes hommes et femmes qui ont eu des rapports sexuels ont déjà été infectés par un ou plusieurs types de HPV.
L'infection au HPV touche principalement les jeunes, mais on peut également être infecté à un âge plus avancé. Le risque d’être infecté plusieurs fois dépend directement de l’activité sexuelle et du nombre de partenaires.
- Chez les femmes, le risque d’infection est le plus élevé avant 25-30 ans. Il diminue ensuite progressivement, avec un deuxième pic de prévalence, mais moins important, après l’âge de 60 ans.
- Chez les hommes, le risque d’infection ne diminue pas avec l’âge.
Le HPV touche davantage les homosexuels et les bisexuels.
Les hommes et les femmes qui vivent avec le VIH sont beaucoup plus exposés que la population générale. Les souches les plus fréquemment identifiées chez les personnes séropositives sont également différents de ceux de la population générale.
Symptômes de l'infection au HPV
La plupart des infections par le HPV sont asymptomatiques. De plus, le système immunitaire de l’organisme élimine presque toujours le virus lui-même. Si l'infection au HPV persiste malgré tout au delà de deux ans, il existe un risque accru de développer certains cancers et/ou des verrues génitales. On estime qu’environ 1% de toutes les infections par le HPV causent un cancer et/ou des verrues.
Les raisons pour lesquelles le virus n’est pas toujours éliminé ne sont pas encore claires. On sait que le risque de persistance est plus élevé chez les personnes qui fument, mais aussi chez celles qui prennent certains médicaments, par exemple un traitement contre une infection au VIH ou après une greffe d’organe.
On ne sait pas déterminer si le HPV disparaît complètement. Il semble qu'il puisse rester en sommeil dans l'organisme et se réactiver à certains moments (comme c'est le cas avec l'herpès labial : les boutons de fièvre). Une baisse d’immunité peut éventuellement le faire réapparaître.
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Infection au HPV et cancers
Le nombre de tumeurs associées au HPV chez les hommes et les femmes est estimé à environ 5% du nombre total des cancers dans le monde. Presque 100% de tous les cancers du col de l’utérus sont causés par le HPV. Les infections à HPV sont également associées au cancer du vagin, de la vulve, de l’anus, du pénis et à certains cancers de la bouche et de la gorge.
Cancer du col de l'utérus
Le lien entre l’infection au HPV et le cancer du col de l’utérus a été clairement établi. Dans près de 100 pour cent des cas, 13 types de HPV à haut risque (HPV 16, 18, 31, 33, 35, 39, 45, 51, 52, 56, 58, 59 et 68) sont détectés. En Europe, près de 59 % des cancers du col de l’utérus sont attribués au HPV 16 et 16 % au HPV 18.
Une infection au HPV est une condition nécessaire mais non suffisante pour le développement du cancer du col de l’utérus, car elle ne conduit réellement au cancer du col de l’utérus que dans une petite minorité de cas (0,02 à 0,22 pour cent des femmes). Dans la plupart des cas, le virus est éliminé.
- Si le virus n’est pas éliminé et que l’infection au HPV persiste, des anomalies de la muqueuse (épithélium) du col de l’utérus peuvent se développer. Les anomalies sont décrites comme une néoplasie intraépithéliale cervicale de grade 1 (CIN1). Dans le cas du CIN1, une disparition spontanée se produit généralement (60 % des cas) et seulement 1 % évolue finalement vers un cancer.
- Le CIN1 peut évoluer vers des anomalies épithéliales plus graves sous la forme d'une dysplasie s'étendant sur les deux tiers ou sur toute l'épaisseur de l'épithélium (CIN2 et CIN3, respectivement). Dans le cas du CIN3 (anciennement appelé carcinome in situ ou CIS), une instabilité génétique des cellules hôtes se produit, ce qui peut les faire dégénérer en cellules tumorales.
- Dans les CIN2 et CIN3, le nombre de lésions qui disparaissent spontanément est beaucoup plus faible (30 à 40 %) et, si elles ne sont pas traitées, plus de 12 % se transforment en cancer. Le CIN3 a un risque plus élevé de se développer en cancer invasif du col de l’utérus.
A côté de ces lésions cellulaires (CIN ou néoplasie intraépithéliale cervicale), il existe également des lésions glandulaires (CGIN ou néoplasie intraépithéliale glandulaire cervicale). Parmi ces lésions glandulaires, l’adénocarcinome in situ (AIS) est considéré comme une lésion prémaligne. L'AIS est également causée par le HPV 16 et le HPV 18.
Selon les derniers chiffres du Registre belge du Cancer, 641 nouveaux diagnostics de cancer invasif du col de l'utérus ont été recensés en 2022. Le cancer invasif du col de l’utérus représente 1 pour cent des cas de cancer chez les femmes et est le 13e cancer le plus fréquent chez les femmes.
En 2021, 164 décès ont été causés par le cancer du col de l’utérus. Cependant, les taux de mortalité par cancer du col de l’utérus en Belgique ne sont pas exacts, car dans un grand nombre de décès, aucune distinction n’a été faite entre le cancer du col de l’utérus et celui de l’utérus.
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Cancers anogénitaux
La présence de HPV 16 et HPV 18 en particulier peut également être détectée dans d’autres formes de cancer anogénital. Par exemple, ces types de HPV ont été détectés dans 88 % des cas de cancer anal, 70 % des cas de cancer vaginal, 50 % des cas de cancer du pénis et 43 % des cas de cancer de la vulve.
En 2020, 247 nouveaux diagnostics de cancer de la vulve ont été enregistrés en Belgique. Les cancers du vagin sont moins fréquents, avec 44 diagnostics. Cette année-là, 187 cas de VIN3 (néoplasie intraépithéliale vulvaire, grade III) et 36 cas de VAIN3 (néoplasie intraépithéliale vaginale, grade III) ont également été enregistrés.
En ce qui concerne le cancer de l’anus et du pénis, 213 cas de cancer de l’anus et 97 cas de cancer du pénis ont été diagnostiqués.
Cancer de la bouche et de la gorge
Le HPV a également été détecté dans les cancers de la région de la tête et du cou (cancer oropharyngé). Les types de HPV (principalement le HPV 16 et dans une moindre mesure le HPV 18) sont présents dans environ 50 pour cent des cas de cancers de la cavité buccale, de l’œsophage (pharyngien) et du larynx (boîte vocale).
En Belgique, on recense environ 2.500 nouveaux cas de cancer de la tête et du cou chaque année. Le nombre de cas de cancer de l’oropharynx est en augmentation tant chez les hommes que chez les femmes.
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Infection au HPV et verrues génitales
Certains types de HPV causent des verrues anogénitales (condylomata acuminata) et des anomalies bénignes des muqueuses. Les types HPV 6, HPV 11 et HPV 16 représentent ensemble plus de 90 pour cent des verrues génitales.
Les HPV 6 et 11 ne provoquent pas de cancer du col de l’utérus, mais dans de rares cas, ils peuvent entraîner un cancer du larynx et certains types de tumeurs de l’anus, de la vulve et du pénis. Ils sont également responsables de près de 100% des cas de de papillomatose respiratoire récurrente (PRR), une affection très grave mais rare, caractérisée par des verrues récidivantes ou des papillomes aux voies respiratoires supérieures, principalement le larynx. Chez les patients infectés par le VIH, les lésions sont plus fréquentes et le nombre de récidives est plus élevé.
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